« Hey, how you doin’ ? » : New Orleans en cyanotypes…

En janvier 2016, j’effectuais un stage dans une école française à New Orleans, Louisiana, USA, alias NOLA. J’en ai rapporté une bonne dose de fichiers photos qu’il m’a fallu un bout de temps pour trier ! En ce mois de février 2017, une belle opportunité de mettre quelques-unes de ces images en valeur m’a été donnée par l’université de Brest sous la forme d’un atelier artistique dirigé par le photographe Nicolas Hergoualc’h qui a initié quelques étudiants à un procédé de tirage alternatif : le cyanotype. Plongée au cœur du bayou en bleu de prusse (couleur de ce procédé monochrome)…

Le Voyage…

« Hey, how you doin’ ? » C’est la première phrase qui me vient à l’esprit quand je repense au mois passé à NOLA. C’est comme cela que les locaux me saluaient dans les rues bondées du French Quarter, LE quartier touristique de la Nouvelle-Orléans, avec ses maisons créoles retapées, ses bars, ses disquaires, ses concerts et autre shows en pleine rue, son French Market bourré de produits chinois… Mais à bien y réfléchir, l’on m’a également saluée de la sorte en dehors des sentiers battus, dans les quartiers moins huppés où les strass et les paillettes laissent la place à des maisons en ruines, tout juste assez retapées pour y habiter et à des décharges de ferraille au bord du Mississippi.

Des coins photogéniques mais où il ne fait pas bon traîner à la nuit tombée. Le taux de criminalité à NOLA est un des plus élevés des États-Unis. Pourtant, le « Hey, how you doin’ ? » a quelque chose de chaleureux. Il invite à échanger. Souvent, on me demande d’où je viens, me félicite pour mes « very cool shoes » (des richelieus, enfin style richelieu, rouges et blanches), avant de me filer une petite tape dans le dos : « take care »… C’est que les balles perdues sont monnaies courantes. Ce n’est pas toi que l’on vise, mais, bon, pas de pot, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, bro… La plupart des crimes commis le sont par opportunisme. Tu reviens du French Quarter, la tête à l’envers. Le chemin en serpentin que tu empruntes traduit ton ébriété avancée. Personne n’a l’intention de te tuer, on n’en veut qu’à ton argent. Malheureusement, un accident est si vite arrivé… Et les inégalités qui se sont creusées depuis Katrina. Et là-bas, si t’as pas d’money, t’as rien… Sans compter que l’après Katrina a attiré tout un tas d’entrepreneurs sans scrupules, en atteste le business center à l’orée du French Quarter dont le haut des tours disparaît dans un smog douteux en fin de journée – mon premier jour, j’ai cru qu’il y avait le feu…

La famille chez qui je loge au Nord de la ville, près du lac, m’explique que c’est très important ce « how you doin’ ? » pour la population black de NOLA. C’est leur façon, joviale, de souligner le fait qu’ils peuvent aujourd’hui saluer un blanc dans la rue, sans risquer de se faire pendre à un arbre. Il est donc important de les saluer en retour, même si l’on ne fera jamais aussi cool que ce « hey, how you doin’ ? » qui swingue comme ce jazz dont NOLA a le secret.

Cette musique qui inonde les rues, les écoles… Le carnaval où tous les habitants semblent au diapason… C’est magique, mais, comme tout, c’est victime de la mondialisation. Je m’arrête écouter des groupes, j’achète des CDs, gravés, où le nom du groupe est écrit à la main au marquer et la pochette photocopiée… Des groupes du cru, c’est sûr… Je retourne la pochette : « Recorded in Santa Cruz, CA » (sic)Musicien lui-même, mon hôte me renvoie plutôt à la Swamp Pop et au Zydeko, mouvements musicaux moins célèbres que le jazz de la Nouvelle-Orléans, mais tout aussi typiques et qui reflètent le melting pot de la ville. Je découvrirai ces merveilles en dehors de la ville, lors d’une excursion dans le bayou et le pays cajun.

Fichiers sélectionnés pour la balade…

Le cyanotype : description du procédé

Revenons à nos tirages. Le cyanotype est un procédé ancien qui date du XIXe siècle. Il nécessite deux produits chimiques :

  • Du citrate d’ammonium ferrique
  • Du ferricyanure de potassium

Pris séparément, ces deux composés – non toxiques – ne réagissent pas à la lumière mais deviennent photosensibles quand ils sont mélangés à doses égales. Une fois le mélange effectué, il faut l’étaler sur un support (papier, tissu…) à l’abri de la lumière directe. Le rendu dépendant autant de l’exposition que du support et de la qualité de l’étalage de la solution photosensible (gare aux traces de pinceaux qui peuvent toutefois donner une texture intéressantes, selon le rendu souhaité). Ensuite, il faut sécher le papier. La couche photosensible devient alors jaune clair. On peut alors déposer des objets sur cette zone jaune pour obtenir des photogrammes.

Pour tirer des photographies – ou des dessins ou plans, le cyanotype étant utilisé pour imprimer les plans d’architectes – il faut passer par un négatif de la taille de l’image. On ne peut pas utiliser d’agrandisseur car le cynotype est un procédé d’impression directe. C’est là que le lien entre nouvelles technologies et procédé de tirage artisanal alternatif se fait. En effet, nous avons, pour cet atelier, réalisé nos négatifs à partir de fichiers numériques, en les imprimant sur des transparents pour rétroprojecteurs (possibilité d’effectuer cette manip’ sur une imprimante jet d’encre basique, après avoir modifié les courbes de niveaux de l’image passée en noir et blanc et inversée sous Photoshop). Le papier sensibilisé recouvert du négatif est ensuite mis sous presse (châssis + vitre ou deux vitres épaisses prises en étau par des pinces) dans une insoleuse pour être exposé aux rayons UV. On peut aussi, si le temps est clément, exposer le support et son négatif sous presse directement au soleil. Après 5 à 7 minutes d’exposition, les zones claires – c’est-à-dire sombres sur le négatif – apparaissent en vert sur un fond jaune-grisâtre. C’est le fer qui n’a pas été exposé à la lumière. Celui-ci va partir à l’eau lors du rinçage de l’image. On sèche ensuite l’image à l’air libre. Le bleu de prusse, profond, est obtenu après 24 heures au contact du dioxygène de l’air. On peut accélérer son apparition en plongeant l’image rincée dans un bain d’eau oxygénée diluée.

Virages…

On peut changer la couleur du cyanotype en faisant des virages au thé, le tanin venant prendre la place des zones où le bleu est moins dense. On peut, pour désaturer une image trop dense, la plonger 1 à 2 secondes dans un bain de lessive, avant de la laisser tremper dans le thé. On obtient ainsi des images presque en noir et blanc, avec des nuances de violet…

 

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