Joss paper : bienvenue au royaume doré de la fausse monnaie…

Je profite du nouvel an lunaire pour imiter les habitants de Tainan (et de Taïwan et de l’Asie en général) et me rendre au temple. Ils battent leur plein à ce moment de l’année. Et, au milieu des traditionnelles offrandes de fruits et de biscuits, je découvre des liasses de papier rouge et or. J’observe que certains fidèles glissent un billet dans le tronc commun pour s’emparer d’une ou plusieurs liasses.

À la fin de mes pérégrinations – je n’aurai jamais soupçonné que de si petites façades puissent dissimuler un tel dédale de pièces – je retrouve ces fidèles en train de défaire leurs liasses et de jeter les faux billets dans une grande cheminée…

 

Intriguée, je reste assister à la flambée. Deux rues plus loin, je tombe sur un autre temple. J’entre et… rebelotte… Les billets rouge et or finissent dans la cheminée. Me voyant circonspecte, une jeune femme vient me demander si je veux essayer. Oui ! Elle me montre comment plier le papier avant de le jeter dans le feu. Et me voilà à jeter l’argent par les fenêtres ! Je me décide à demander le pourquoi du comment. « C’est ainsi que l’on envoie de l’argent aux défunts… »

Dans un autre temple, un écriteau explique que ce papier s’appelle Joss et qu’il y en a deux sortes : le doré pour les dieux et l’argenté pour les ancêtres et les fantômes. Et à Taïwan, brûler du Joss Paper, ça se fait presque tous les jours. Les entreprises (je croiserai plusieurs employés en train de faire une petite flambée dans une bassine sur le trottoir durant mes trois jours à Tainan) en brûleraient même tous les quinze jours pour assurer la prospérité de leur business.

 

Et oui, nous autres occidentaux, on croit que les fins de mois difficiles, ça s’arrête après la mort, mais non, même dans l’au-delà, il faut subvenir à ses besoins. Il existe même des Joss Papers en forme de voitures ou de lingots. Bon, ça, c’est pour les plus zélés. Reste qu’il faut quand même fournir du cash à ses ancêtres si l’on veut que leur esprit nous regarde d’un bon œil, voire garantisse notre bonne fortune ici-bas…

Bon et puis il faut bien faire vivre les temples : si l’on en croit l’ami Wiki, la brûlerie de Joss Paper a rapporté 13 milliards de Nouveaux Dollars Taïwanais (391 millions d’euros) aux temples de Taïwan en 2014. Et je veux bien le croire, après avoir traversé le temple de la Bourse du Joss Paper. C’est la folie là-dedans : poser un pied sur le parvis de ce temple, c’est comme entrer dans un autre monde, tout jaune. Le Joss Paper est partout. Après achat, il est fourré dans de grands sacs blancs qui sont empilés au fond de la cour et forment une véritable montagne… Ensuite, ces grands sacs sont… jetés dans l’immense cheminée ornée d’un dragon qui crache l’argent parti en fumée dans le ciel…

 

Il y a même une sorte de banque en sous-sol, avec des guichets, des tickets et des files d’attente, comme à la CAF…

 

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2 thoughts on “Joss paper : bienvenue au royaume doré de la fausse monnaie…

  1. intéressant ce papier, à ne pas brûler surtout !
    Moi j’en prendrai volontiers de l’argenté pour savoir ce qu’est devenu mon fantôme de fille !
    plus de communication, au secours !
    A bientôt j’espère …

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