Nha Trang : « hit the road » autour de ma ville d’adoption

Me voilà arrivée à Nha Trang, ma ville d’adoption pour l’année, au moins. Située sur le littoral Sud-Est du Vietnam, la ville est bondée de touristes russes et chinois en cet fin d’été, justifiant la construction d’hôtels, toujours plus hauts et avec toujours plus d’étoiles au bord de Tran Phù, axe routier principal longeant les 6km de plage qui font la renommée de Nha Trang. C’est d’ailleurs en allant me baigner que je croise Tài, un Easy Rider, qui m’accoste en me demandant d’où je viens puisque je ne dois avoir l’air ni Russe ni Chinoise. Il m’expliquera plus tard que son business – accompagner les touristes en moto pour leur faire découvrir le « real Vietnam » – devient difficile avec ce type de touristes qui passent leurs journées à la plage, sans s’intéresser le moins du monde à la culture du pays qu’ils ont choisi pour villégiature.

 

Je décide donc de partir avec Tài le lendemain, à la découverte de la campagne autour de Nha Trang. Nous passons le pont au dessus de la rivière Cai dont les eaux brunâtres se déversent dans le bleu azur de la mer de Chine. On s’arrête pour admirer la vue depuis le pont. Tài me fait remarquer le village flottant en amont de la rivière et m’explique que cette communauté de pêcheurs vivait auparavant à l’emplacement du pont où nous nous trouvons. Mais, pour les besoins grandissant de la circulation, le Gouvernement leur a gentiment demandé de se déplacer afin de pouvoir construire le nouveau gué et désengorger l’ancien pont qui délimite leur village. Il me montre ensuite une sorte de maison construite sur un affleurement rocheux dans la mer. Il s’agit d’un temple. Les pêcheurs allaient y prier avant de prendre la mer, particulièrement quand ils partaient pour longtemps. Ah, oui, parce qu’attention : pas question de revenir avant que l’embarcation ne soit pleine à craquer de poissons !

 

Dégradé de bouse de vache sur un bateau-panier

Nous continuons au Nord, vers un port de pêche où corbeilles – petits bateaux de pêche aux faux airs de paniers – et embarcations plus ou moins imposantes se reposent. Nous nous enfonçons en peu plus dans les montagnes – Nha Trang est entourée de montagnes verdoyantes qui protègent la ville des plus de 200 typhons et autre cataclysmes météorologiques qui se sont abattus sur le Vietnam ces dernières années. « Nous avons de la chance », commente Tài, « les typhons buttent sur les montagnes et sont renvoyés au loin. Mais si l’un d’eux arrive à pénétrer au milieu, c’est la catastrophe ! » Après avoir passé l’île de la tortue – parce qu’elle a une forme de tortue – et l’île au singes – parce que seuls des singes y vivent – nous stoppons à ce qui peut s’apparenter à une criée où femmes et hommes s’affairent à mettre les arrivages incessants de poissons et fruits de mer dans des bacs avec de la glace, puis, dans des camions. Ces produits de la mer seront exclusivement destinés aux contrées situées dans les montagnes, comme Dalat, où la pêche est impossible (pas de mer, pas de pêche…). Tài me montre d’autres bateaux et m’explique les bienfaits de la bouse de vache. En Bretagne, les anciens l’utilisaient comme combustible pour réchauffer les longues nuits d’hiver. Au Vietnam, elle sert, mélangée à de l’huile, à étanchéifier ces minuscules bateaux de pêche. J’observe effectivement un dégradé du jaune-paille au noir en passant par le brun sur la petite coque, la finition consistant à recouvrir le fond du panier de bitume.

 

Nous faisons ensuite halte dans une remarquablement paisible pagode – édifice bouddhique dont le Vietnam regorge – d’où je peux observer les fermes et parcs à homards, à l’ombre de frangipaniers. Tài explique que les parcs servent à capturer les petits homards qui sont ensuite conduits et élevés dans des fermes, situées sur l’eau, afin de les faire grossir pour enfin les vendre. Après la prière, direction une chute d’eau située en territoire Cham – l’une des 54 ethnies peuplant le Vietnam. Il faut s’acquitter de 47 000 VND – un peu moins de 2 euros – pour entrer et parcourir quelques mètres de jungle, avant d’escalader un chemin fléché entre des rochers pour s’offrir un bain – digne des plus belles scènes de cinéma – dans une belle eau fraîche. Attention cependant aux « bisous » de poissons qui viennent vous manger les cuticules si vous restez immobile dans l’eau. C’est peut-être un régal pour les habitués des pédicures, pour les autres, c’est pas forcément une sinécure !

 

 

Je rencontre plein d’amis en chemin : un azuré – tout petit papillon bleu quand il ouvre les ailes – qui me rappelle ma Bretagne, un beau papillon orange – dont je ne connais pas le nom – ainsi qu’un petit lézard et un gecko – qui, je dois l’avouer, m’ont un peu effrayée en sortant à toute vitesse de leur cachette à mon passage…

 

Un Mars – un délicieux plat de poisson aux tomates avec du riz – et ça repart sur les routes bordées de montagnes et de rizières. En chemin Tài me montre un plant de riz. Je n’avais jamais imaginé que cela poussait comme ça ! Allez savoir pourquoi, j’étais persuadée que les grains de riz poussaient dans la terre, comme les patates. Mais, en fait, cela se récolte un peu comme le blé et ce que l’on mange, ce sont les graines qui poussent sur les « épis » (au vent, donc, et non en sous-sol). Les plants de riz donnent des récoltes trois fois par an. Le plant grandit rapidement, mais il faut attendre qu’il prenne une couleur jaune pour le couper. Ensuite, les têtes sont placées dans une machine qui débarrasse la graine de riz de son enveloppe. Le bas des plants est aussi coupé et sert de nourriture pour le bétail. Et on recommence ! Tous les quatre mois (ce qui donne bien 3 récoles par an). CQFD.

 

Le périple se termine par la visite d’une fabrique de pho – nouilles de riz très appréciées au petit déjeuner – et d’un atelier de tissage de mat – sorte de grande natte aux couleurs chatoyantes utilisée pour dormir.

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