Marchand ambulant, district 4

Vietnam-jour 7 : folle soirée, de l’autre côté… 13 juin 2015

Ça y’est, c’est la fin de la journée. J’ai donné des cours le matin, visité le Musée des Beaux-Arts, marché le long de la rivière et des flamboyants en compagnie des chauves-souris, traversé peut-être bien l’unique pont piéton de Saigon d’où j’ai pris cette photo d’un marchand ambulant thaïlandais finissant lui aussi sa journée.

Mais qu’y a-t-il donc de l’autre côté ? Le district 4 dans lequel je m’aventure de nuit. Je ne tarde pas à rejoindre – sans le vouloir – le pont autorisé aux véhicules. Le contraste est tout aussi saisissant qu’avec la tour Bitexco : me voilà au bord d’une autoroute surélevée afin de franchir le cours d’eau comme une formalité. La circulation y est aussi dense que le pont que j’ai franchi était tranquille. Et il va falloir traverser !

HCMC District 4Un chauffeur de moto-taxi m’appelle par mon nom vietnamien : « Hey you motobike, you ! » Je secoue la main, geste non de salut, mais de refus en langue des signes locale. Non, mais, ça fait une semaine que je traverse des routes à Saigon, je ne vais quand même pas me laisser impressionner par une ch’tite biloute d’autoroute ! Même si elle ressemble aux autoroutes étagées que l’on voit sur les photos de la périphérie de L.A. Bon, aller, pas la peine de tergiverser, le secret, c’est de ne pas s’arrêter, les motobikes calent ainsi leur vitesse sur mon pas et je cale mon pas dans leur roue… Encore faut-il trouver un créneau pour faire le premier pas… Ça y’est, je me lance, sous le regard amusé du chauffeur de moto-taxi. Nondidiou, c’est pas aussi fluide que d’habitude et y’a pas grand monde qui traverse ici… Me voilà obligée de m’arrêter à mi-course, ne pouvant plus ni avancer ni rebrousser chemin. Le chauffeur de moto-taxi est hilare. Show must go on. Je fais un pas en avant et deux en arrière, impossible de me lancer, le trafic est trop dense. Je finis, au péril de ma vie, en tout cas c’est ce que mon rythme cardiaque laisse penser quand je parviens de l’autre côté – de la route – après 10 ou 15 bonnes minutes.

Je m’avance, tout droit, pour récupérer les bords de la Saigon que j’aimerais longer, le plus loin possible. Je m’aperçois que le décor des rues a changé. Je ne suis plus dans le district d’affaires, avec ses buildings et ses enseignes internationales. Je suis dans un quartier « vivant ». De chaque côté de la rue, des restaurants avec des tables et des chaises taillées pour des enfants de maternelle accueillent les habitants du quartier. J’ai faim. Je jette un coup d’œil aux cartes, pas de traduction en anglais. Je me dis que je mangerai plus loin, sur les bords de la Saigon. Mais alors que je rêve de fruits de mer, un homme me barre la route et me dit qu’elle ne va pas plus loin. Je vois bien que si, mais je ne discute pas et rebrousse chemin. Vers l’autoroute. Ah, non ! Je ne vais pas retraverser de si tôt. Je me dirige donc vers un restaurant. Décidément, je ne comprends rien à la carte. Des poissons frais, mais bien immenses, me narguent sur leur étal. Le tavernier tente de communiquer, mais ne comprend pas l’anglais. Je ne sais pas encore que le poisson se dit « cá ».

HCMC District 4

Finalement, un brave gars me dit de montrer un poisson et commande pour moi. Il s’installe à ma table. « Beer ? ». Bia Saigon, lis-je sur l’étiquette des deux bières que l’on nous sert. La serveuse a à peine le temps de remettre un pain de glace dans ma choppe – gare à la tourista mais la cervoise tiède, à la longue… – que mon « ami » recommande deux bières. Il m’apprend à trinquer : « một, hai, ba… Dô! » (prononcer « mo, aïe, ba, yo » et comprendre, « un, deux, trois, tchin ! ») qui seront mes premiers mots de vietnamiens – et ceux que j’aurai le plus de facilité à retenir. Sur ce, le poisson – entier et énorme – arrive. Mon compagnon de boisson recommande deux bières et me montre comment manger le poisson, avec les feuilles et la sauce. Je commence à me dire que tout ceci va me coûter un bras, d’autant qu’après la quatrième paire de bières, il appelle un vendeur de fruits : « Chum chum from Vietnam »… Phrase que l’on répètera à chaque fois que je décortiquerai un chum chum qui est un petit fruit qui ressemble à un litchi poilu.

Au moment où je fais signe pour l’addition, mon interlocuteur qui doit avoir 10 mots dans son vocabulaire d’anglais recommande deux bières. Je suis bonne pour reprononcer mes quatre mots de vietnamien courant « một, hai, ba… Dô! » en découvrant la douloureuse : 450 000 VND. Une fortune pour un repas pour une personne là-bas, moins de 20 euros pour moi… Je m’en tire bien. D’autant que la soirée n’est pas terminée. Deux femmes hyper maquillées viennent s’asseoir à notre table. Elles tirent goulument sur leurs Vogues que leurs doigts ornés de faux ongles proéminents peinent à manipuler. Et les commandes de bières fusent. Elles rigolent et se mettent à chanter, et plutôt bien. Un joueur de guitare nous rejoint. Et, c’est parti, tout le monde chante ce qui semble être des classiques du répertoire vietnamien. Tout le monde ? Presque. Il reste encore une irréductible Gauloise qui résiste encore et toujours… Mon camarade de beuverie me fait signe, me dit de chanter. Mais… Comment ?! Je fais vaguement du playback. Je frappe des mains.

Je fais rire tout le monde, mais, visiblement, ça les embête de ne pas m’entendre chanter. La serveuse dépose un plat qui ressemble à des insectes grillés sur la table. L’une des femmes me désigne le bol d’un faux ongle. Je prends un bidule frit et oublie pendant quelques secondes de me demander ce que c’est pour l’avaler. D’autres bières arrivent. On se concerte, pendant ce temps sur ce que l’on va bien pouvoir me faire chanter… Le guitariste joue quelques accords. Je reconnaît « Bang, Bang » de Nancy Sinatra. La BO de Kill Bill, quoi ! Alors, j’y vais :
« Bang Bang, he shot me down…
Bang Bang….
– …..
– Mais….
C’est la version vietnamienne qu’on me sort ! Je suis paumée. Je ne peux pas chanter… On éclate tous de rire. Des bières arrivent…

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Je regarde ma montre. J’ai l’impression qu’il est déjà minuit. Mais, non, il est un peu plus de 21h, seulement, mais il faut que je rentre. Je tire ma révérence, sans payer, cette fois. Les femmes m’embrassent et me demandent de revenir le lendemain. Je dis que j’essayerai… Je ne suis pas vaillante vaillante pour retraverser l’autoroute 66. Alors, je me poste au bord et hèle un taxi. Je rentre dans la famille qui m’accueille joyeusement. Et est bien curieuse de savoir ce que j’ai bien pu aller faire dans le district 4 où « il n’y a rien »… Je raconte ma soirée. Ils rient en m’expliquant tout de même que le district 4 est le plus dangereux de la ville. Je lirai plus tard dans le Lonely Planet que longer la Saigon, avec un sac-à-dos, c’est un peu un appel aux pickpockets…

N’empêche, j’ai passé une chouette soirée, loin des bars pour backpackers dont regorgent les districts 1 et 3. Si c’était à refaire… Et bien… Je réitèrerais, sans hésiter !

 

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